19 sept 2013

Avec le projet « Oz Nature urbaine » Montpellier agglomération veut inventer la ville du futur. Elle annonce vouloir «révolutionner l’espace urbain» en accordant plus de place à la nature qu’au béton. Et tenterait même l‘expérience de cette biodiversité positive expérimentée ailleurs, qui introduit dans la cité la notion de services gratuits rendus par la nature. Texte Myriem Lahidely

Deux tiers de nature, un tiers de béton… Le quartier Oz dont la première tranche du pôle d’affaires va démarrer au sud d’Odysseum fin 2013 va s’étaler sur 350 hectares entre l’avenue Georges Frêche et les collines de la Méjanelle. 200 hectares seront laissés à la nature. Les 150 autres verront s’implanter la gare TGV (livrée en 2017), un pôle d’affaires qui offrira à terme 300 000m2 de bureaux, mais aussi un campus universitaire et 5000 logements. En bref, comme l’annonce ce nouveau programme, un quartier dix fois plus grand qu’Antigone, qui sera un poumon économique et un poumon vert à la fois. Kees Christiaanse, l’architecte du bureau néerlandais KCAP Architects&Planners à qui a été confiée la conception d’« Oz nature urbaine » voit dans ce projet une chance unique : « faire la preuve que l’on peut développer dans la périphérie urbaine des lieux de qualité qui ne soient ni la campagne ni le centre-ville ni une suite de lotissements périurbains, et cela en utilisant le paysage et l’environnement comme élément clé. »

Dans ce projet Oz, en effet, de vastes espaces naturels – parc urbain récréatif, parc publics, espaces naturels et patrimoniaux – vont servir de maillage à des quartiers aux fonctions très différentes et les relier entre eux. Dans le Schéma de cohérence territoriale (SCOT) qu’il a élaboré pour l’agglomération, Bernard Reichen a ouvert la voie de cette renaturation. Oz s’inscrit ainsi dans le projet plus global de « Montpellier à la mer » qui a obtenu en 2010, le label « Ecocité » du ministère de l’écologie et du développement durable. Une « Ecocité » pensée comme un « champ d’innovation urbaine » où les « mobilités douces », les énergies renouvelables – géothermie, centrale de trigénération à bois, pompes à chaleur, etc. – la création de bâtiments à énergie positive, la restitution d’espaces à leur milieu naturel et des cours d’eau renaturés, favoriseront le maintien et la valorisation de la biodiversité. Cette extension urbaine de Port Marianne à la mer, devant accueillir 50 000 habitants d’ici trente ans.

Ce pari de la nature urbaine paraît osé à l’heure où le foncier coûte si cher et où chaque m2 doit être rentabilisé. Mais Christophe Moralès, vice-président de l’agglomération chargé de l’urbanisme et de la politique foncière, motive « en matière d’écologie, il faut progresser et transgresser les limites. Densifier pour répondre à la pression démographique, et compenser avec des espaces naturels qui ne soient pas que des jardins récréatifs ou des paysages à l’usage des citadins mais aussi des espaces à usage agricole en même temps que des habitats pour les espèces végétales et animales. » Oz promet ainsi de rétablir les connexions entre trames vertes et bleues, « créer de grandes traversées vertes » d’un quartier à l’autre, le tout relié aux espaces protégés qui cernent la ville, notamment ses zones classées Natura 2000. L’élu ajoute « nous venons de lancer le plan d’aménagement et, dans le cahier des prescriptions, nous allons travailler sur les espèces et les habitats avec, comme parti pris, la biodiversité positive. Quitte à l’intégrer dans les constructions neuves. » Premiers pas vers une cité plus révolutionnaire encore, où la nature, outre sa plus value pour le cadre de vie, serait enfin comprise pour les services écologiques gratuits qu’elle rend non seulement aux habitants d’un quartier, mais à toute l’humanité ? A l’instar de l’abeille dans son rôle pollinisateur.

« Nous avons par exemple, prévu d’enherber des zones près du ruisseau Nègue Cats pour traiter certaines pollutions par la phyto-remédiation » annonce Christophe Moralès. La végétalisation des toitures pour sa part, permettrait une régulation des eaux pluviales par évapotranspiration, et contribuerait à l’isolation thermique des derniers étages en même temps qu’elle serait un habitat pour la biodiversité. « Cette végétalisation des toits est préconisée dans Oz, notamment comme régulateur pour traiter les phénomènes de chaleur, mais elle ne peut être une contrainte » indique le vice président de l’Agglomération. En France, 1 million de m2 de toitures végétalisées ont été installées pour la seule année 2012, dix fois plus en Allemagne, pionnière depuis au moins quinze ans. En Angleterre, au Japon ou aux Etats-Unis, on est déjà aussi sur cette tendance. Quant à la ville de Buenos Aires, où le béton est roi, il existe même une réduction significative de la taxe d’habitation aux propriétaires d’immeubles, proportionnelle à la surface végétale qu’ils réservent sur leurs toits.

En France, les promoteurs désireux de promouvoir ce concept savent déjà que la loi Grenelle du 2 juillet 2010 prévoit une dérogation de principe. Si un Plan local d’urbanisme (PLU) dit non, elle autorise l’utilisation de matériaux renouvelables et tout procédé de construction permettant d’éviter l’émission de gaz à effet de serre, ou favorisant la retenue des eaux pluviales comme le permettent les toitures végétales.

On développe aussi dans de nombreux pays le concept des murs végétalisés qui amélioreraient, notamment, la performance acoustique des bâtiments et leur performance énergétique (isolation thermique) tout en accueillant de la biodiversité… et tout en absorbant le CO2 et les polluants de l’air …  « Il faut évidemment donner des objectifs notamment dans la proportion d’espaces naturels à maintenir » concède l’élu. Un peu comme la ville de Berlin a institué depuis longtemps un coefficient de biotope par surface qui fixe la proportion entre toutes les surfaces favorables à la nature sur la parcelle et la surface totale de la parcelle. Et comme Paris qui l’a inscrit dans son PLU. En bref, tout faire pour cesser d’opposer habitat humain et habitat pour les espèces animales et végétales en rapprochant beaucoup plus la nature et les citadins quitte à perturber l’urbanisme pour parler non plus de transition énergétique mais de transition écologique. Pierre-Olivier Cheptou, chercheur au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE/CNRS) prévient « je ne suis pas sûr que l’on puisse définir le milieu urbain en tant que milieu écologique ; les solutions ne peuvent être les mêmes partout notamment eu égard aux contraintes hydriques d’une ville comme Montpellier. »  L’objectif le moins aisé à atteindre sera probablement de démontrer, si l’Agglo s’y engage, la viabilité économique de la biodiversité positive aux concepteurs de ces bâtiments du futur.•

Photo : Au coeur de la zone commerciale du Fenouillet, à Pérols, sur l’un des deux étangs. © FM

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2 commentaires pour “Biodiversité positive : l’Agglo « ozera »-t-elle?”

    13 oct 2013 à 11:03
    CHANTON

    A cet emplacement ce projet représente une véritable imposture écologique qui entraînera des conséquences graves sur notre environnement, notre santé et notre sécurité.
    Actuellement nous savons que la plaine de Lattes est soumise aux inondations (bassin récepteur du Lez). Nous ne pouvons pas ignorer les effets du changement climatique avec l’élévation du niveau de la mer qui ne cesse de croître. Avec le passage de l’autoroute A9, cette zone est déjà la plus polluée de l’Agglomération et l’une des plus polluées de France.

    Avec la réalisation des travaux du doublement de l’autoroute A9 et le passage du LGV, les conséquences sur notre environnement seront encore plus importantes (Aggravation des pollutions sonores et de l’air, aggravation des inondations qui sont déjà redoutables, contraintes écologiques et risques divers pour notre littoral).

    Malgré toutes ces connaissances, comment peut-on OZER bâtir un tel projet sur ce site ?
    Comment peut-on OZER construire de l’habitat aussi prêt des autoroutes ?
    L’importance des surfaces bâties que ces réalisations entraîneront aggraveront encore les risques d’inondations, comment peut-on OZER mettre encore plus en danger les habitants de Lattes, Pérols et Palavas ?

    14 oct 2013 à 15:39
    Fabrice Massé

    Merci de votre commentaire, toujours très pertinent.

    S’il est un fait que le doublement de l’A9 et le passage de la LGV (et le quartier qui sortira de terre ex-nihilo) aggraveront le péril de la biodiversité, la « renaturation » des zones commerciales de Fréjorgues et du Fenouillet aura elle un impact nettement positif. Reste que le bilan à prévoir de ces opérations sera en effet négatif. Factuellement.

    L’incohérence entre cet arbitrage politique mortifère d’un côté et si vital de l’autre, laisse perplexe. L’économie contre la vie ? Cela n’a pas de sens.

    Ce grand écart témoigne aussi d’une autre urgence, celle d’une réforme démocratique nationale/locale. Contre l’oligarchie régnante, l’alternance n’a guère d’impact et sa faillite prévisible nourrie les excès comme les extrêmes : la peur ne fait désormais plus peur.

    Dans l’intervalle vers ce nouveau souffle démocratique, la vertu de quelque élu peut-elle faire rempart ? Souhaitons-le. Car sinon, les épisodes extrêmes risquent de ne pas être « que » climatiques.

    Fabrice Massé

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