Une première en France, Frontignan a obtenu que BP-GDH paie pour réduire les risques que son dépôt pétrolier fait courir à la commune. La ténacité de la mairie et de l’association AZRF a permis de retourner l’industriel et l’Etat dont le plan de prévention des risques industriels était initialement largement au frais de la collectivité locale. Par Magali Reinert

Mobil (isés) ! Les énormes réservoirs de pétrole qui barrent l’horizon méditerranéen de Frontignan sont aujourd’hui l’emblème d’une commune qui veut changer d’ère. La victoire de la mairie et de l’Association risque zéro Frontignan (ARZF) contre l’industriel BP et l’Etat est exemplaire. Initialement, la collectivité devait débourser 95 millions d’euros pour respecter le plan de prévention des risques technologiques (PPRT) liés au dépôt d’hydrocarbures. Finalement, la mobilisation locale a permis de faire supporter la mise aux normes à l’industriel. « Même si c’est difficile d’affronter un tel géant, on savait qu’on pouvait faire reculer BP. On avait déjà gagné un combat en obtenant la disparition d’un stockage de gaz dangereux », raconte le maire, Pierre Bouldoire. En France, c’est une première qu’un industriel accepte de revoir son PPRT pour financer la réduction des risques à la source. En général, les collectivités locales sont largement mises à contribution. « D’autres communes concernées par le problème nous appellent pour connaître la clé de notre réussite », se félicite Jean-Christophe Calmes, président d’ARZF.

Pour comprendre ce succès, il faut revenir une dizaine d’années en arrière. Les accidents d’AZF à Toulouse en 2001 et de Buncefield en Angleterre en 2005 marquent un tournant dans l’appréciation des risques industriels. La législation évolue en conséquence. La municipalité de Frontignan comprend qu’elle sera concernée par l’extension des périmètres de danger autour des installations industrielles de BP-GDH. En effet, ces dépôts d’hydrocarbures, les plus importants d’Europe hors raffinerie, sont classés risque Seveso seuil haut. Pire, la catastrophe de Buncefield montre que la fuite d’essence volatile peut créer un nuage inflammable capable d’exploser à l’extérieur des installations. Or, le dépôt de Frontignan stocke beaucoup d’essence. Pierre Bouldoire décide de mobiliser ses services : « La directrice des services techniques et une stagiaire en formation sur ces questions ont travaillé à plein-temps pour analyser, en interne, la situation des risques », explique-t-il.

« Le premier bras de fer avec l’Etat concerne la composition du Comité local d’information et de concertation (Clic) », raconte l’élu. Ce comité, qui accompagne la mise en place du PPRT, comptait initialement « des industriels de Sète, solidaires de BP à Frontignan ». « Nous voulions au contraire la représentation des associations écologistes locales ». Finalement la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) obtempère. Exit les Sétois, et l’association de l’étang des Mouettes, proche du maire, fait son entrée dans le Clic. Au sein du comité, « la Dreal prenait systématiquement fait et cause pour BP », s’indigne Pierre Bouldoire.

« Nous étions conscients que pour faire pression sur l’industriel, nous allions avoir besoin de mobiliser la population », raconte Pierre Bouldoire. C’est là que l’Association risque zéro Frontignan (ARZF) entre en scène. Créée la même année, l’association informe la population à coups de porte-à-porte, d’articles dans la presse… Elle compte rapidement deux cents membres et un site Internet actif qui détaille les éléments du dossier. « Plusieurs fois, le directeur de la communication de BP est descendu pour discuter avec nous », se rappelle Jean-Christophe Calmes, son président. Avec la marée noire encore fraîchement répandue dans le golfe du Mexique, BP n’a pas besoin d’une nouvelle affaire médiatique.

Sur la partie technique, un compromis est finalement trouvé. BP accepte de diminuer le volume d’essence stockée. L’Etat est d’ailleurs mis à contribution pour revoir son dépôt stratégique d’essence sur le site. La réduction du volume d’essence, le déplacement des stockages dangereux le plus loin possible des habitations et la mise en place de nouveaux moyens de détection sur les cuves permettent de baisser le niveau de risque du site. Le nouveau périmètre proposé par BP ne compte plus qu’une seule habitation et l’industriel prend à sa charge les quelque 20 millions d’euros nécessaires au réaménagement du site. Lorsque l’Ineris, un cabinet indépendant, valide ce nouveau scénario en 2012, c’est un soulagement pour la municipalité. L’Amaris, l’association nationale des communes pour la maîtrise des risques technologiques majeurs, salue la victoire de la commune héraultaise.

Pour la suite, la mairie et AZRF n’ont pas dit leur dernier mot. « On reste très mobilisé pour s’assurer que les décisions seront appliquées », insiste le président d’ARZF. Difficile en effet d’évacuer le danger possible que ce nouveau périmètre de sécurité – qui ne protège plus les habitations – ferait peser sur la zone si la réorganisation du stockage n’était pas suivie à la lettre.

Début 2012, la ville s’était également portée partie civile contre BP, finalement condamné pour défaut de sécurité sur son site. Est-ce que l’objectif de la municipalité serait le départ du groupe pétrolier ?

« Pour la ville, ce serait certainement mieux que BP ne soit pas là. Ce site ne concerne qu’une vingtaine d’emplois et depuis la disparition de la taxe professionnelle… », reconnaît le maire qui tempère aussitôt : « Mais BP assure un tiers du chiffre d’affaires du port. » Pragmatique, le maire envisage ainsi une transition nécessaire où, en tablant sur la fin de l’ère du pétrole, le port se réorienterait progressivement vers de nouvelles activités. •

www.amaris-villes.org/actualites-agenda/actualites/172-pprt-de-frontignan-une-etude-de-danger-qui-change-tout

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