3 oct 2012

Spécialistes ou non, les témoins de ce changement nous éclairent de leurs points de vue et de leurs idées pour faire face, pas forcément pessimistes.
Par Magali Reinert

Pour mémoire, seuls cinq degrés nous séparent du dernier épisode glaciaire d’il y a – 20 000 ans. En trente ans, la température est déjà montée de 1,5 °C dans l’Hérault, une tendance qui devrait se poursuivre selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Cette augmentation transforme déjà la faune et la flore du département : le hêtre trouve la région de moins en moins vivable, le barracuda vient rôder au large de la côte d’azur et les oiseaux migrateurs ne traversent plus forcément la Méditerranée en hiver.

André Castel, président de la cave coopérative de Roquebrun, n’a d’ailleurs pas besoin d’interprétation scientifique pour constater que les rendements de sa vigne ont baissé d’un quart ces dernières années. Le viticulteur doit démarrer ses vendanges quinze jours plus tôt, en période de sécheresse. Frédéric Laget, de l’Association climatologique de l’Hérault (ACH), confirme que l’augmentation de la température avance la floraison, ce qui, combiné avec l’allongement de la sécheresse entre fin juin à début septembre, entraîne une baisse de la production. Et si l’irrigation de la vigne peut sembler une énormité, les experts s’accordent pour dire qu’un apport d’eau ponctuel est aujourd’hui nécessaire pour conserver une régularité de la production.

L’agroforesterie, une assurance risque

Le réchauffement annonce donc une série de problèmes pour l’agriculture qu’il va falloir pallier, comme le manque d’eau estival, le développement de nouveaux ravageurs et les risques de crues. Certains se plaisent néanmoins à imaginer de nouveaux horizons. Car un climat méditerranéen plus chaud, c’est aussi « de nouvelles opportunités », selon Michel Pieyre, de la mission développement durable du Département. Avec la translation des espèces cultivées vers le nord, l’Hérault pourrait se mettre à accueillir des plantes qui n’arriveraient plus à pousser plus au sud, devenu trop chaud. Frédéric Laget rappelle en effet qu’à 35 °C, la photosynthèse de la plante est divisée par deux, et qu’au-delà de 40 °C, elle s’arrête ! Si en 2050, le département a gagné trois degrés, exit le blé dur et bienvenu au pois chiche, une culture typiquement méditerranéenne adaptée aux terrains secs.

Christian Dupraz, qui teste l’agroforesterie à l’Inra depuis vingt-cinq ans, associerait bien de la vigne ou du maraîchage avec des noyers, des cormiers (sorbier domestique) ou des arbres fruitiers. « L’agroforesterie a des atouts face au changement climatique ; nos travaux montrent en particulier que les cultures partiellement ombragées souffrent moins des stress thermique et hydrique. » Le cormier tient une place de choix aux yeux de l’agronome. Bien adapté aux terrains secs et calcaires, l’arbre n’est pas compétitif avec la vigne. C’est aussi une assurance risque, le bois étant un des plus chers sur le marché français. Face à des épisodes climatiques extrêmes qui peuvent entraîner des années catastrophiques pour les cultures, une coupe de cormier rapporte de l’argent. Il faut, certes, une cinquantaine d’années pour que l’arbre arrive à maturité. Et encore : sous l’effet des augmentations de CO2 et de la température, les arbres poussent plus vite !

Redéploiement pastoral en garrigue contre les incendies

Une autre menace liée à l’augmentation des températures est la recrudescence des incendies. Le problème est sérieux dans le département, où cinquante ans de déprise agricole ont permis le développement des friches et la fermeture des paysages de garrigue. Jean-Paul Salasse des Ecologistes de l’Euzière plaide pour un redéploiement pastoral en garrigue, rappelant que le pâturage permet d’éclaircir la végétation et donc de réduire les risques d’incendies. « Aujourd’hui, environ 20 000 brebis pâturent 30 000 ha alors qu’il y a 250 000 ha de garrigue héraultaise. » De quoi donc installer des bergers. Pour ce militant écologiste, un dynamisme agricole est aussi indispensable pour conserver ces milieux. Sinon, la garrigue servira de relais de chasse à des citadins en mal de sauvagerie. « Je connais déjà cinq lots de 500 hectares clôturés destinés à des chasses privées », épingle l’écologiste.

Quant à l’eau, contre toute attente, elle est peu présentée comme un facteur limitant. Les cultures méditerranéennes ont besoin de peu d’eau si elle est amenée au bon moment. Les ressources devraient donc être suffisantes si l’irrigation est raisonnée et si la priorité est donnée aux cultures intensives comme le maraîchage. L’Europe donne d’ailleurs six millions d’euros à la Région Languedoc-Roussillon pour améliorer ses équipements d’irrigation. « Il y a d’importantes économies d’eau à faire », se félicite Jean-Paul Storaï, directeur de l’agriculture au pôle Développement durable du conseil général. La consommation d’eau entre le goutte-à-goutte et l’irrigation gravitaire est en effet d’un rapport de un à huit ! •

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