Depuis 2004, l’année où un résidant de cette cité alors délabrée a trouvé la mort dans un incendie, l’association Justice pour le Petit Bard (JPPB) se bat pour faire entendre la voix des habitants.

artdeville a rencontré trois des dirigeants de JPPB : Le président en titre Khalid El Hout accompagné d’Hamza et de Nasreddine. Ils sont issus de l’immigration maghrébine et de culture musulmane. Contrairement à l’idée que l’on peut se faire de la démocratie de proximité, depuis 10 ans leur combat reçoit plus d’échos dans les sphères ministérielles que locales. Ceci explique que depuis une décennie, tout ce que la République, droite et gauche confondue, compte de ministres du logement ou de la rénovation urbaine, est passé dans ce quartier difficile et a rendu visite à Justice pour le Petit Bard. Encore plus étonnant, le 3 février dernier, le Président Khalid El Hout, a rencontré le président François Hollande à Paris.

Qui est Charlie ici ?
(En chœur) Khalid, Hamza et Nasreddine : Ici, pas grand monde est Charlie !
Khalid : Et dans le quartier, même si c’est mitigé pas grand monde non plus. En revanche personne ne cautionne le terrorisme. Les faits sont là, ils sont indéniables, ils sont condamnables. Nous ne sommes pas conspirationnistes, mais autour, on voit la manipulation, la récupération politique.
La loi de la République française n’interdit pas le blasphème religieux, est-ce que cela vous choque ?
Hamza : Moi ça ne me choque pas, c’est la France où on peut rigoler de tout, par contre dans le monde il y a des millions de musulmans dont le prophète est le pilier de la religion. Parmi ces musulmans, il y a des salafistes de partout et il y en a qui ne réfléchissent pas beaucoup et on sait très bien que les caricatures du prophète ne vont pas leur plaire.
Nasreddine : Ce qui me choque, c’est de dessiner le prophète avec une bombe sur la tête comme si tous les musulmans  étaient des terroristes. Pour moi c’est une incitation à la haine raciale… Ou plutôt religieuse.
Khalid : Moi, je mets le niveau ailleurs. Le regard sur les Français de confession musulmane a été instrumentalisé par le politique. Je m’explique. On ne peut pas parler d’Islam de France car tel qu’il est conçu par le gouvernement, il est fait avec les pays du Maghreb. Il y a une gestion schizophrénique de l’Islam en France. On pratique un Islam Banania avec le contrôle des consulats, sauf que c’est caduque vis à vis des jeunes ça. Ils sont nés en France et ne connaissent pas leur pays d’origine. Si tu prends ceux qui ont attaqué Charlie hebdo ce sont des francophones complets. De nombreux jeunes ne se reconnaissent pas dans l’Islam de France et c’est un facteur de radicalisation. Il y a aussi des carences psychologiques, car est conditionnable qui le veut bien. Et puis il y a des terreaux fertiles à la radicalisation et les quartiers en font partie.
Selon vous, les quartiers sensibles de Montpellier sont-ils concernés ?
Khalid : Je suis passé hier à La Paillade et sur un panneau 3M de l’Agglo était écrit à la bombe « Nique Charlie ». Ce ne sont pas des religieux qui ont tagué cela, ce sont des jeunes qui ne sont pas pratiquants.
En tant qu’association avez-vous le sentiment de pouvoir vous exprimer ?
Khalid : On n’a jamais attendu pour dire ce que l’on a à dire, mais manipulé, on l’est tout le temps. Les politiques nous écoutent, mais ne nous entendent pas. Le seul qui nous avait donné un espoir, c’est Saurel, quand il a reprit trois points que nous avions écrits lors de sa campagne municipale, mais on a l’impression que c’était électoraliste.
Que pensez-vous de la démocratie locale à Montpellier ?
Khalid : Aujourd’hui la participation des habitants est à la mode, mais nous n’avons pas attendu pour pratiquer ce qu’on appelle « l’empowerment », c’est à dire de mettre les habitants au milieu des décisions. Ce n’est pas que nous sommes des visionnaires ou des génies, mais nous sommes dans cette logique, alors toutes nos actions vont dans ce sens. Et nous n’avons pas attendu d’avoir des financements pour faire des choses. Les financements sont arrivés après, par la fondation Abbé Pierre et des petits bouts d’argent public. Mais, on a plus de facilité avec l’Etat qu’avec la politique locale.
Et sur les élections départementales qu’allez-vous faire ?
Khalid : On a un faible qu’on ne cachera pas pour Philippe Thinès, pas pour soutenir le PRG ou le Parti socialiste mais parce que humainement, c’est quelqu’un qui nous a respectés, nous a parlé d’égal à égal.
Propos recueillis par Alain Nénoff

1 commentaire pour “Justice pour le Petit Bard : « Ici, pas grand monde est Charlie ! »”

    9 oct 2015 à 16:41
    perez

    Et surtout un grand hommage a ABDENNOUR TATAÏ LE FONDATEUR ET PRESIDENT DE JUSTICE POUR LE PETIT BARD

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