Interview du maire de Montpellier et président de la métropole Montpellier Mediterranée Réalisée le 20 janvier par Alain Nenoff au 8ème étage de la mairie, dans le bureau du maire.

Des journalistes ont l’impression que certaines de leurs questions vous agacent en conférence de presse. Monsieur le maire, est-ce exact ?
(Sourire) Pas du tout, j’aime les questions ! (Petit silence) Surtout quand ça frite, sinon je me fais chier ! Il faut que ça frite, sinon ce n’est pas rigolo. Ca peut friter intelligemment, pas en dessous de la ligne. Et puis la contradiction m’amène à donner des explications qui n’étaient pas dans la conférence de presse, c’est cela qui est intéressant.

Prenons le journal municipal. Saurel est en photo à la une, avec son édito, plus 5 ou 6 fois, pire c’est même vous qui signez la tribune du groupe majoritaire !
Ah non, non !

Regardons la page 37 où les groupes s’expriment. C’est bien Philippe Saurel qui signe la tribune de la Majorité municipale. (Sourire) C’est marqué 2 fois, je ne suis pas si mauvaise langue que ça !
(Sourire) Oui c’est vrai, parce que le président du groupe, Abdi el Kandoussi, est candidat aux cantonales et que la loi ne permet pas de mettre son nom…

N’êtes-vous pas omniprésent dans la presse municipale ?
C’est vrai que j’ai beaucoup de photos dans ce numéro du journal. Il faut tenir compte que je fais beaucoup de choses aussi. Je n’aurais qu’une activité par mois, ce serait facile, je ne mettrais qu’une photo, mais là tous les jours je fais des choses pour la Ville, la Métropole… Et encore si vous regardez mon Facebook, il y a beaucoup plus d’actions en photo que dans le journal municipal. Si vous feuilletez cette publication vous voyez que les adjoints ont la parole et leur photo.

Souvent en conférence de presse vous monopolisez le micro. Par exemple, pour votre communication sur la culture,  adjoint et vice président de ce domaine étaient présents sans s’exprimer. Où est la démocratie locale ?
C’est normal ça ! Je préside ville et agglo et je présentais la politique culturelle des deux. Et les orientations politiques, il faut quand même les donner de façon claire. Et puis, un maire, il est à la fois adjoint à la culture, aux sports, à la voirie… Quand il n’est pas là ou quand il a besoin de références, il se fait assister par un adjoint.

Dites-vous : « je suis le patron !» ?
Je dis que je suis responsable et je l’assume ! Cela n’empêche pas que les élus participent à toutes les concertations. Mais, par exemple, quand je reçois le maire de Palerme, vous allez me dire «  mais où est l’adjoint aux affaires internationales ? ». Si le maire de Palerme vient à Montpellier, c’est parce que je l’invite et pas parce que l’adjoint l’invite.

Si je vous dis, droit d’expression de l’opposition ?
Avant moi, il fallait compter 5 élus pour créer un groupe politique au conseil municipal. J’ai diminué ce nombre à 3 afin de permettre au Front National de constituer un groupe afin qu’il puisse s’exprimer. J’ai ramené ce nombre à 2 à l’Agglo de telle sorte que le Front National puisse s’exprimer en tant que groupe. Car je considère que le Front National, on ne le combat pas en lui refusant la parole. On le combat sur les idées, les comportements, sur une philosophie, sur un tas de choses, mais certainement pas en l’obligeant à se taire.

Et le PS, vous le combattez comment ? Parce que j’ai l’impression que le PS vous énerve, « ça frite ! », comme vous le diriez.
Moi, je suis socialiste. Dans cette ville tout le monde vous dira que je suis socialiste, personne ne vous dira le contraire*. Mais voilà, je ne suis plus membre du Parti Socialiste qui d’ailleurs fait beaucoup de fautes. Tout ce qui est dogmatique, imposé par le haut, tout ce qui n’a pas le parfum du pays réel, va à contresens de l’histoire politique du pays. Et donc, je le dis.

Comment avez vous vécu le drame Charlie Hebdo ?
On dirait que les politiques découvrent l’eau chaude. On dirait que tout d’un coup la France prend conscience de l’état réel du pays. Par contre, l’élan républicain est très réconfortant. Mais cela ne règle pas les problèmes.

Et à Montpellier ?
Tout ce qui concerne la sûreté est une compétence nationale, une compétence de l’Etat et moi je suis pour une République forte. C‘est ainsi que je pense qu’il faut donner plus de moyens à la police, à la justice, plus de moyens à la cohésion sociale, à l’Education. Donc ça fait beaucoup.
Vous avez quand même des problèmes dans les quartiers sensibles. Par exemple au Petit Bard, la Mairie ne peut pas réaliser ses chantiers. Alors jusqu’à quand ? Faut-il attendre après les cantonales ?
Vous avez tout compris… C’est un épiphénomène. Moi je refuse de me laisser dicter ma conduite par quelque groupuscule que ce soit. Cet été, par exemple, il y a eu les manifestations des Palestiniens devant la Mairie. Ils voulaient que j’annule le jumelage avec Tibériade. Pas question. Montpellier entretient un jumelage avec une ville israélienne, mais aussi avec Bethléem une ville palestinienne. C’est équilibré. Cela préserve la paix sociale dans la ville.

Et par rapport à l’Islam ?
Je connais très bien l’Islam. J’ai étudié l’Histoire de l’Islam à la fac des lettres à Montpellier. J’ai lu le Coran, une partie des « Faits et gestes du prophète », c’est pour moi une religion du livre. D’ailleurs, quand les musulmans font la prière, ils ouvrent leurs mains comme un livre et si j’ai mis l’étoile comme symbole de Montpellier Méditerranée Métropole, c’est parce que cette étoile réunit toutes les religions du livre en Méditerranée. L’Islam n’a jamais prêché le meurtre, ni l’assassinat, l’Islam protège la vie. Il en est de même pour le christianisme et le judaïsme. Il n’y a aucune religion qui prêche le chaos. Après, on en fait ce qu’on en veut. Quand les croisés sont allés à Saint-Jean-d’Acre, ils se sont appuyés sur la Bible pour tuer les Juifs et les Sarrasins. Donc, on peut dévier tous les textes.

Y a-t-il un danger de déviance religieuse à Montpellier ?
J’ai toujours eu conscience que l’humanité, elle est faite de ça aussi. Moi, je ne le découvre pas !

Est-ce la rénovation des quartiers difficiles qui peut changer cela ?
Pas du tout. Ça, c’est intrinsèque à l‘être humain. Lorsque les croisés sont partis, ils étaient accompagnés de tueurs, d’assassins. C’est intrinsèque, ça ne dépend pas de l’Islam. Il n’y aurait pas de religion, cela se produirait quand même pour d’autres choses, car la nature humaine est faite comme cela. Alors évidemment, les problèmes de fondamentalisme, quelles que soient les religions, potentialisent cette capacité qu’a l’homme de devenir un tueur pour l’homme. Cela existe en chacun d’entre nous, et cela s’exprime ou ne s’exprime pas…

Suivant ce raisonnement, faut-il ou non renoncer aux caricatures ?
Je comprends ceux qui ont dit : « je ne suis pas Charlie ». Il faut aussi l’entendre. Moi, mon rôle de politique, ce n’est pas de me moquer, de railler, aucune religion ou croyance.

Votre rôle n’est-il pas aussi de défendre la liberté d’expression ?
Je défends la liberté d’expression dans son ensemble selon la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, mais je prends beaucoup de précautions avec tout ce qui est religions et croyances, beaucoup de précautions. Car je connais l’être humain. De même, dans les relations humaines, à la place où je suis, il y a des choses que je m’interdis. Je me censure…

Vous vous censurez ?
Enormément et pas que moi, mes élus aussi. Je leur ai fait une première réunion en mairie où je leur ai dit : « les gars, vous baisez qui vous voulez, mais pas à la maison, pas ici. En dehors, je m’en fout, mais pas ici ! Mais enfin ça vous n’en parlez pas…

Vous n’êtes pas drôle M. le Maire !
(Sourire) Je leur dis, à mes élus, qu’en politique, je vois les hommes et les femmes comme des êtres asexués, comme les anges du plafond de la chapelle Sixtine imberbes et asexués. Voilà comment je me censure…

Justement, revenons à la presse. Avant que vous soyez maire, vous n’aviez jamais porté plainte contre un journal et là vous poursuivez Libé. Pourquoi ?
D’abord je vous confie qu’aux vœux à la presse j’annoncerais que je retire ma plainte contre Libération. Je vais vous expliquer ce qui s’est passé avec ce journal. D’abord pendant la campagne électorale, Libé a acheté le sondage pipé de Vignal et Dormagen et l’a publié en 1ère page contre moi.  Ensuite après mon élection j’ai reçu, à sa demande, un actionnaire de Libé, François Moulias. On l’invite à manger et pendant le repas, il me demande de le soutenir s’il est tête de liste sur la grande Région. Moi, la politique je ne sais pas la faire comme ça ! Je soutiens qui je veux ! Ensuite arrive l’affaire du Mas Drevon et les mecs de Libé me traitent d’Al Capone de Montpellier!

D’où la plainte ?
J’ai voulu marquer le coup en déposant plainte contre Libé… Pour l’ensemble de leur œuvre… Un coup le sondage pipé, un coup l’autre vient me demander de le soutenir, et pour finir Al Capone au lieu de m’appeler Eliott Ness. Ca fait beaucoup en 3 mois ! Alors, j’ai fait un petit coup en disant j’attaque Libé ! Maintenant, je la retire cette plainte…

Et par rapport au reste de la presse avez vous changé d’attitude depuis votre élection ?
Je suis totalement disponible pour la presse qui m’appelle en direct comme avant. En revanche, ce que je ne supporte pas c’est la mauvaise foi. Maintenant, les journalistes ne portent pas sur moi le même regard que quand j’étais candidat. Certains disent, il a le pouvoir absolu !

Et alors ?
Leur attitude change un peu et je suis obligé de me raidir sur mes positions. Certains journalistes sont agacés, d’abord parce que j’exerce le pouvoir, je ne fais pas semblant. Ensuite, vous me connaissez, je connais les dossiers. Et enfin je communique beaucoup. Je donne une conférence de presse tous les 2 jours en moyenne. En plus avec Facebook et Twitter qui fonctionnent très bien, j’ai mon petit organe de presse perso. En résumé, j’avance et je comprends que cela peut en énerver certains.

Coté communication, encarts et annonces de la collectivité dans la presse, qu’elle est votre ligne de conduite ?
On a continué à faire ce qui se faisait précédemment en essayant d’être assez équitable*. Par contre, avec Midi Libre, nous participons davantage au supplément sur le foot en mettant, à tous les matchs de la saison, ma tronche sur la dernière page avec une phrase importante sur la politique de la Ville et de l’Agglo.

Pourquoi afficher votre tête ? Pour vous faire connaître ?
Mais  non, les gens me connaissent ! Je veux montrer que je ne lâche pas le truc. Surtout sur le foot où, avec Nicollin, on revient de loin. Maintenant, on s’entend bien, mais… Nicollin est sur le terrain, mais moi j’existe aussi comme supporter du foot.

On entend aussi « culte de la personnalité »
Ca énerve certains, mais c’est fait exprès. (Sourire) Il faut bien que je ne sois pas lisse sur certains points

Parlons démocratie locale. Le cumul des mandats ?
Moi je respecte plus que le cumul des mandats puisque j’ai démissionné de mon poste de conseiller général alors que je n’y étais pas obligé. J’aurais aussi pu briguer le mandat de sénateur de l’Hérault puisque j’avais 300 grands électeurs et la dernière place s’est jouée à 240 voix. Je ne l’ai pas fait.

Vous cumulez  quand même, maire et président de la métropole.
La présidence de la métropole n’est pas considérée comme un mandat. Aujourd’hui, mon seul mandat est celui de maire de Montpellier auquel est accroché celui de président. J’ai d’ailleurs demandé à mes collègues de faire de même. Ceux qui seront conseillers généraux ne seront plus adjoints au maire, ou vice présidents de la métropole.D’ailleurs, vous avez vu que j’ai respecté la parité pour les vice présidences à la métropole : 10 hommes, 10 femmes. Et puis la démocratie locale, c’est aussi le partage de Montpellier avec les communes : 15 vice présidences des communes et seulement 5 pour Montpellier.

Et la démocratie de proximité ?
Je considère que dans le processus d’élaboration d’un projet, on doit avoir une façon concertée de le faire émerger. A Montpellier, nous mettons en place 7 conseils de quartier et 12 conseils citoyens dans les quartiers prioritaires dans le cadre de la politique de la ville qui est devenue compétence de la métropole. La composition sera paritaire hommes-femmes. 80% des représentants seront tirés au sort sur les listes électorales et un quota de 20% sera dédié aux jeunes. Le président de  chaque conseil sera élu, mais ce ne pourra pas être un élu. Chaque conseil disposera aussi d’un budget. C’est une vraie démocratie de proximité qui se met en place.

Où en êtes-vous avec la Franc-maçonnerie ?
Je suis toujours adhérent. Je suis allé faire une planche pour le centenaire de la loge Auguste Comte sur l’histoire maçonnique de Montpellier. Je n’ai plus le temps, ça me manque. J’ai été initié en 1988, donc ça fait 27 ans…

Franc maçonnerie et liberté d’expression, n’est-ce pas un beau sujet de planche ?
La liberté d’expression est un droit de la République. Devant la Mairie j’ai récité les articles de la déclaration de droits de l’homme de 1789. Et dès sa 1ère phrase, elle se situe sous les hospices de l’Être suprême. Il ne faut jamais oublier que la République est maçonnique.
Propos recueillis par Alain Nénoff

* En réalité, malgré les engagements publics et privés de Philippe Saurel d’aide en faveur de la presse, la mairie a réduit de 50% ses achats d’espaces dans artdeville, tandis que l’agglo les a entièrement stoppés. La parution du magazine de décembre a ainsi été impossible. Si rien ne change, artdeville devra suspendre ses parutions. Deux personnes ont déjà été licenciées, une troisième le sera aussi.

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