« Si la ville n’est pas propre avec ça, je mange un rat. » Philippe Saurel n’y est pas allé avec le dos de la cuiller lors de sa conférence de presse sur la propreté, le 4 septembre dernier. Il s’est donné Noël comme date butoir. Le défi est de taille, le délai court. Le maire de Montpellier Va-t-il regretter la dinde ?

Par Anne Perrin

En 2011, les Montpelliérains déclaraient à plus de 80 % habiter une ville sale. Poubelles éventrées, encombrants aux coins des rues, chaussées parsemées de déjections canines, odeur d’urine, murs tagués ou tapissés d’affiches…
Ce fut un thème de campagne fort pour l’ensemble des candidats à la mairie de Montpellier. Chacun y est allé de sa théorie, jusqu’au dérapage, stigmatisant notamment les Roms1. Le climat a aussi été évoqué. Il est vrai que la ville n’est que rarement lavée par des pluies salutaires et que le mistral charrie les déchets sans merci. Autre thèse : si la ville est sale, c’est qu’elle est mal nettoyée. Le candidat Philippe Saurel clamait qu’il saurait, si nécessaire, remercier le groupe Nicollin, 3e opérateur français de la collecte des ordures ménagères dont la société méditerranéenne de nettoiement est omniprésente dans les rues de Montpellier (jusqu’en 2015)… et dans les stades. Mais, étant donné la popularité de « Loulou », comme l’appellent ses supporters, il ne sera pas facile au nouveau maire de mettre sa menace à exécution.

Six mesures
Annoncée pour fin septembre, la campagne de Philippe Saurel pour
la propreté à Montpellier tient en six mesures. Premier changement significatif : alors que sous la précédente mandature, mairie (responsable du nettoiement) et Communauté d’Agglomération (chargée de la collecte et du traitement des déchets) se renvoyaient la responsabilité de la saleté de la ville, les deux services administratifs ne devraient faire plus qu’un au 1er janvier 2015. D’ores et déjà, l’actuel maire, également président de Montpellier Agglomération, annonce une « coordination » des personnels. Fini le nettoiement avant la collecte des déchets, fini le bal des balayeurs autour des poubelles non ramassées. En outre, un nouveau compacteur sera installé à proximité de l’ancienne mairie, qui devrait permettre aux véhicules de se débarrasser plus rapidement des déchets et d’effectuer des tournées supplémentaires. Davantage de corbeilles à papier sont également prévues en centre-ville, de même que la mise en place de nouvelles « toutounet » invitant les propriétaires de chiens au civisme.
Point d’orgue de cette stratégie, une campagne de communication est prévue et des audits. Dans un délai plus lointain, vingt toilettes publiques devraient être installées dans une ville qui en compte cinq (contre 150 à Lyon, ou 75 à Toulouse).

Zéro déchet
Si la situation est loin d’être idéale, les politiques ne découvrent pas aujourd’hui que la ville est sale. Tout y est passé, depuis la sensibilisation jusqu’à la verbalisation. Côté sensibilisation, la dernière campagne pour le tri du verre et des emballages avec les injonctions d’enfants sur les bacs de tri fait polémique. Pour Bruno Franc, directeur de l’Apieu, association d’éducation à l’environnement, « ces affiches, culpabilisantes, sont contreproductives. Elles sont le reflet d’un discours de communiquant, obsédé par l’instant, alors qu’il faut un travail de longue haleine pour parvenir à véritablement changer les habitudes des gens ». L’Apieu œuvre à cela depuis trente ans, animant des ateliers dans les écoles montpelliéraines, organisant des sorties, des projections de films, etc. Sur la question des déchets comme sur tant d’autres sujets sensibles, la clé, c’est la prévention. Chaque Français produit aujourd’hui environ 350 kg de déchets par an contre 160 kg en 1960. Composter, recycler, réparer, mais aussi réfléchir sur l’acte
de consommation en amont… on estime qu’un quart de ces déchets pourrait être évité.

Le 24 juillet dernier, Ségolène Royal a lancé, dans le cadre de son Projet de loi sur la transition énergétique pour la croissance verte, le premier appel à projets « territoires zéro gaspillage zéro déchet ».
Il s’agit d’engager vingt territoires volontaires dans une démarche « exemplaire et participative » de réduction, réutilisation et recyclage de leurs déchets. Montpellier va-t-elle se lancer dans une politique de prévention et de gestion des déchets, qui favorise la réutilisation et le réemploi et maximise recyclage et valorisation matière ?
À l’Agglomération, on déclare avoir entendu l’appel, et s’y intéresser. Adoptée par 145 collectivités françaises, la tarification incitative (qui implique que chaque habitant paie pour ce qu’il jette) mêle prévention des déchets et responsabilisation des citoyens. Elle n’est semble-t-il pas envisagée pour le moment à Montpellier.
Changer le regard sur la ville
Depuis février 2012, douze agents municipaux habilités à verbaliser
les contrevenants au règlement sanitaire départemental arpentent les rues du centre-ville. Mais s’il était prévu que cette Brigade publique d’intervention verbalise un jour, la menace n’a que rarement été mise à exécution. Interrogé sur ce sujet, Luc Alberhne, élu en charge de la propreté, n’envisage pas d’y recourir davantage, affirmant « les Montpelliérains sont déjà suffisamment pressurés par l’impôt ».
Une part importante de la population de Montpellier ne fait que passer (touristes, étudiants, etc.). Des études indiquent qu’« en transit », les habitants auraient tendance à être moins attentifs à garder leur ville propre. Pour éviter des comportements prédateurs, l’Apieu organise des balades urbaines, invitant les citadins à apprécier leur environnement et le respecter davantage.
Pour inciter à la propreté, d’autres actions sont possibles, comme un meilleur entretien de la voierie. Janine, habitante du quartier Rondelet, témoigne : « On se débarrasse plus facilement de ses poubelles sur des trottoirs étroits et dégradés, pleins d’urine et de déjections canines que sur un trottoir propre et en bon état. »
La propreté de la ville passe par un profond changement des mentalités. Montpellier y parviendra si elle ne veut devenir Léonie, la ville qu’imagine Italo Calvino dans son roman Les Villes invisibles2 écrit en… 1973.  Chaque jour, les habitants de cette ville imaginaire se vêtissent de neuf, rejetant tout ce qu’ils ont utilisé la veille. Chaque jour, des montagnes d’ordures sont repoussées en dehors de la ville. Mais un jour, Léonie sera engloutie par ces montagnes d’ordures, la ville voisine s’étant étendue plus encore…

1- La Ligue des droits de l’homme (LDH) a déposé plainte contre M. Domergue « pour provocation à la haine ou à la violence et à la discrimination raciales » suite aux propos qu’il a tenus vis-à-vis des Roms. Il répondait à une interview d’artdeville (n° 42, déc. 2013 – janv. 2014).
2 – Italo Calvino, Les Villes invisibles – Collection Folio, Gallimard.

1 commentaire pour “Saurel en campagne pour la propreté de la ville”

    12 juin 2015 à 18:08
    freymann richard

    montpellier est une ville très agréable mais est poluée par les incivilités de beaucoup d’entres nous,la ville de Cannes vient de prendre les bonnes décisions 180 euros pour une canette c’est cher,150 euros le mégot…les crachats,bref,toucher au porte monnaie fait réfléchir,les fossés de la villa rouge,route des plages c’est une honte,les abords des fasts food,idem

Laisser un commentaire

Commentaire :