C’est la mer méditerranéenne, sans vraie marée, mais d’ici la fin du siècle, elle montera d’un mètre, sans reflux. Comment s’adapter ? Pouvoirs publics et scientifiques sont unanimes : il faut reculer. Mais l’idée de céder le pas face à l’inouï a du mal à passer auprès des maires du littoral. D’autant que l’urbanisation reste le moteur du développement communal.

Par Magali Reinert

A chaque nouvelle rencontre, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) valide les scénarios les plus pessimistes. La fourchette haute de la montée du niveau de la mer en Languedoc-Roussillon est de 1 m d’ici la fin du siècle ! Avec ses 130 kilomètres de plages sableuses, le Golfe du Lion est particulièrement exposé à la submersion. D’autant que la fréquence des tempêtes doit s’accélérer, les tempêtes aujourd’hui centennales devenant décennales d’ici cinquante ans.
L’Hérault est un des départements les plus vulnérables. L’urbanisation du littoral a aggravé les problèmes d’érosion. Mais surtout, elle expose directement les habitants et les installations côtières. En Languedoc-Roussillon, si rien n’est fait, les dégâts provoqués par les risques côtiers sont estimés entre 15 et 35 milliards d’euros à l’horizon 2100, dont près de la moitié pour le seul département de l’Hérault.

« On a eu la guerre, ils auront le changement climatique »
Le littoral doit donc s’adapter à cette nouvelle réalité. Comment ? La solution aujourd’hui largement plébiscitée par les pouvoirs publics et les scientifiques est celle du « recul stratégique ». Il consiste à laisser reculer la côte et à relocaliser les activités et les infrastructures en conséquence. Depuis 2012, la politique nationale de gestion du littoral est d’ailleurs intitulée sans ambiguïté « Vers la relocalisation des activités et des biens ». Fini donc les digues pour se protéger des assauts de la mer. Elles coûtent trop cher et ne sont pas efficaces. Pire, elles conduisent à des accidents violents en donnant l’illusion d’un refuge comme l’a montré la tempête Xynthia en mars 2010, qui a fait 29 morts et inondé près de 5 000 habitations.

Recul donc. La chose est dite. Mais sûrement pas faite.
Hélène Rey-Valette, maître de conférence à l’Université Montpellier 1, a enquêté dans les communes du littoral languedocien. À écouter la chercheuse, force est de constater que l’idée de reculer face à la montée des eaux n’est pas très populaire. Une partie de la population est dans le déni, les personnes âgées en particulier. « On a eu la guerre, ils auront le changement climatique », estime une vieille Palavasienne. Et une majorité d’élus continue de voir son salut dans les digues. Personne ne parle donc de se replier. Au contraire, la population des communes du littoral continue d’augmenter, accroissant la pression sur les côtes mais aussi le nombre de personnes exposées.

Vias, le Tuvalu régional
Dans ce contexte, l’initiative du Biterrois aurait pu être exemplaire. Les six communes littorales – Agde, Vias, Portiragnes, Sérignan, Valras, Verdres – sont très exposées, puisque un tiers de leurs surfaces urbanisées se trouve en zones inondables. Vias est même devenue une sorte de Tuvalu(1) régional, à cause de ses cabanes les pieds dans l’eau. Lors de la réflexion sur le schéma de cohérence territoriale (Scot), une solution émerge pour permettre un développement communal tout en retirant la pression sur le littoral : investir la « bande verte » située entre les centres-villes et la bande littorale. L’idée est d’imaginer une urbanisation maîtrisée de cette zone de terres agricoles et d’espaces naturels, en valorisant le caractère « vert » et en faisant la part belle aux éco-constructions. La contrepartie est bien sûr de rendre la première bande littorale inconstructible. « L’idée était de développer un système urbain qui n’a pas besoin d’être sur le sable pour valoriser le littoral », expliquent les urbanistes de l’agence Terres Neuves qui ont travaillé sur le projet.

Mais le projet tombe à l’eau. Le Scot est adopté a minima, avec un étroit corridor écologique inconstructible (300 mètres de large), et l’urbanisation du littoral n’est pas remise en question. « Pour un élu, revenir sur la constructibilité des zones littorales reste encore un pas infranchissable », confie une personne proche du dossier. Depuis 2010, la moitié des surfaces urbanisées de la côte biterroise s’est faite dans des zones inondables. Opportunisme financier mais pas seulement, tant le dynamisme des communes continue de reposer sur leur urbanisation.

300 millions d’euros pour racheter les maisons très exposées ou détruites
« À Vias, nombreux sont ceux qui souhaitent reculer », nuance cependant Hélène Rey-Valette. Les vertus de l’expérience comme dirait l’autre. Les élus se sont engagés à déplacer les installations situées le long de la plage pour pouvoir reconstituer la dune. Ce projet a d’ailleurs été retenu par le ministère de l’Écologie, dans le cadre de l’appel à projet national « Expérimentation de la relocalisation des activités et des biens ».

L’État sait en effet qu’il ne pourra pas faire grand-chose sans les collectivités locales. « La politique du recul coûte très cher, car le foncier littoral est toujours très valorisé », souligne Hélène Rey-Valette. Lors de la tempête Xynthia, le rachat des maisons très exposées ou détruites a coûté 300 millions d’euros à l’État.

Faudra-t-il attendre que les prix du marché chutent face au risque de voir les terres submergées rentrer dans le domaine public ? En Angleterre, les assureurs réclament déjà des prix plus élevés pour assurer les maisons du littoral…•

(1) Cette plus petite île du Pacifique menacée de disparaître sous les eaux est devenue le symbole international des conséquences du changement climatique.

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