Ce numéro de artdeville revêt un caractère particulier. Jamais peut-être le triptyque démocratie locale, environnement urbain, culture, baseline du magazine, s’était autant trouvé interpellé. Ironie du sort, la crise qui frappe la presse ne nous épargne pas, concomitante à cette actualité chargée. Paradoxalement, cette sombre atmosphère éclaire l’avenir d’une promesse lointaine, telle la lueur que l’on perçoit du fond d’un tunnel, que le regard dès lors ne peut plus lâcher.
Ces crises, multiples – politique, sociale, économique, écologique, culturelle… qu’il serait vain de ranger selon une quelconque hiérarchie – ne pourraient-elles pas nous laisser entrevoir, en creux, une issue ?

Démocratie locale/réforme territoriale
« Depuis la résidence d’artiste de Sylvia Hansmann au collège, il n’y a plus de dégradation dans l’établissement. Les gamins sont contents de voir ça, ils réinvestissent leur lieu, leur lieu de vie. » Le constat de Fabienne Gendre, enseignante en arts plastiques au collège Gérard Philipe de Montpellier (artdeville n° 41), vaudrait-il pour la France ? La région ? Le département ? L’agglo ?… Sylvia Hansmann n’a jamais rien imposé, jamais dressé le menton, jamais sanctionné. Les élèves étaient volontaires. Une poignée prête à porter au départ le projet sous le regard intéressé (ou pas) des autres. La porte de l’atelier est restée ouverte, pendant toute la durée de sa résidence. Un processus constituant, en quelque sorte, de l’œuvre en devenir, encadré par un pouvoir enseignant respecté, éclairé par l’expertise artistique.
Alors que des palais parisiens ont été lancés des États généraux du territoire, MM. Valls et Hollande sont face à un choix historique : encourager l’avènement d’une assemblée constituante, ou, tel Louis XVI, fermer la porte de la Salle des États.

Environnement urbain/changement climatique
Le Monde (11 juin) nous apprend que le maire de New York lance six projets urbains pour « protéger la ville et l’État contre les changements climatiques. » Pour Bill de Blasio, « le problème qui est devant nous est la résilience ». Après l’ouragan Sandy, dévastateur, et la menace climatique qui désormais pèse sur le quartier de Wall Street – « particulièrement vulnérable » selon le Monde –, 335 millions de dollars seront investis sur l’île de Manhattan. Quand la réalité frappe à la porte de la finance, il est heureux de voir comme les choses bougent enfin !
Alors que les richesses de la France, du Languedoc-Roussillon et de l’Hérault en particulier sont largement son tourisme littoral, il est urgent d’anticiper les capacités à agir des maires, notamment ceux des petites communes. En matière d’urbanisme, sont-ils forcément compétents ? Aptes financièrement à faire face ? Alors qu’ils sont légalement responsables, peut-on les laisser seuls face aux réalités politiciennes et aux contingences économiques ? La réforme territoriale doit lever sans délai ce blocage institutionnel, potentiellement tragique.

Culture/grève des intermittents du spectacle
Les intermittents demandent que l’accord qu’ils dénoncent ne soit pas agréé. Ils ont raison ! Il est objectivement mauvais. Selon le Figaro ; « En off […] le Medef reconnaît ériger le statut des intermittents en chiffon rouge pour mieux négocier des avancées sur les autres aspects de la convention [ndlr le Pacte de compétitivité]. Et la CFDT assure que la justice imposerait, dans un monde idéal, que l’on mette un terme à ce système inique. »* Pourquoi ces faux-semblants ? Pour préserver l’autorité d’un Premier ministre droit dans ses bottes ? Celle fragile de Véronique Descacq, CFDT, qui admet « le problème de la précarité, du financement de la culture » ? Ou celle de Pierre Gattaz, patron du Medef, qui a déjà été largement comblé par le Pacte de compétitivité ? À la date où nous bouclons, rien n’est encore fait, et le pire, à craindre. Le Printemps des Comédiens, d’autres se sont sacrifiés ; veut-on glorifier le statut de martyr au-delà de celui d’intermittent ? Mais le ressort logique de l’humiliation et du désespoir n’a jamais conduit qu’à la surenchère. De cette escalade mortifère, personne ne sort gagnant.

C’est sûr, aujourd’hui, la France a plus que jamais l’occasion de se reconstituer : diverse et unie mieux que une et indivisible. C’est une évidence, non ?

Fabrice Massé

* Intermittents du spectacle : le « diktat » du gouvernement a joué. (le Figaro – 22/03/2014)

1 commentaire pour “Editorial – Une (re)constituante !”

    28 juin 2014 à 12:36
    Jean Reinert

    Bel édito, comme d’ab !

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