28 avr 2014

Sous l’impulsion de la direction régionale des affaires culturelles, les acteurs de l’architecture en région s’associent pour la deuxième année consécutive. Conférences, expositions, projections, visites guidées insolites, rencontres avec des architectes, ateliers… Près de 70 événements en tout « afin de permettre à chacun de découvrir l’architecture autrement ». Interview et texte Fabrice Massé – Photos : FM et DR
Alain Daguerre de Hureaux est « le drac » depuis deux ans. Directeur régional des affaires culturelles de Languedoc-Roussillon, c’est lui qui supervise cette grande fête de l’architecture. Une occasion rare de balayer l’horizon régional du premier art et son actualité abondante.
Dans la capitale régionale sont arrivés de nouveaux élus. Le maire, Philippe Saurel, a été adjoint à l’urbanisme et sa 1re adjointe, Stéphanie Jannin, est architecte-urbaniste. Qu’est-ce que cela vous inspire, vous qui êtes en charge pour l’État de ce secteur dans la région ?
L’architecture fait effectivement partie des missions importantes du ministère de la Culture et de la Communication. À l’échelon régional, la Drac regroupe les cinq services territoriaux de l’architecture et du patrimoine, chargés à la fois de la mise en œuvre de missions réglementaires, mais aussi de donner des avis sur des documents d’urbanisme. Je ne suis pas très surpris de la place que prennent l’architecture et l’urbanisme à Montpellier. C’est une ville qui a développé une politique architecturale ambitieuse avec de grands noms venus travailler à Montpellier et son agglomération. Ça montre un intérêt réel pour la qualité de l’architecture.
Quelles mesures pourraient-ils prendre pour vous aider dans votre mission ?
Ils ont effectivement cette compétence réglementaire et nous travaillons déjà de manière très étroite. Et je suis convaincu que cela continuera. À titre d’exemple, la mission Grand Cœur qui examine les demandes de permis de construire dans le secteur sauvegardé font l’objet d’un travail rapproché avec l’architecte des bâtiments de France de l’Hérault, Gabriel Jonquères d’Oriola qui instruit directement auprès de la mission Grand Cœur toutes les demandes de permis auxquelles son avis est requis. Que ce soit au titre des secteurs sauvegardés, au titre également des travaux en abord, on travaille tout aussi bien avec la Conservation des monuments historiques qui, elle, s’occupe directement des travaux lorsqu’ils se portent sur l’immeuble inscrit ou protégé, ou classé.
La loi Grenelle qui lutte contre les problèmes liés à effet de serre, à la crise écologique se trouve souvent confrontée à des blocages en secteurs sauvegardés. Dans ces vieux villages qui caractérisent le territoire et qui font l’attrait de la région, notamment. Comment gère-t-on cette contradiction ?
Il est clair qu’a priori cela peut paraître contradictoire, et ça l’est si on se borne à l’application de solutions d’isolation brutales. Imaginez par exemple que l’on isole le château de Versailles par l’extérieur… Évidemment non, la question est saugrenue !
Quand il s’agit de monuments protégés, l’État intervient et participe aux travaux de restauration ; il est possible de trouver des solutions respectueuses du caractère patrimonial. Cela n’interdit pas forcément tout. C’est plutôt dans un dialogue avec les architectes patrimoniaux, avec les Bâtiments de France, avec la Conservation régionale des monuments historiques. On arrive à trouver des solutions qui soient acceptables d’un point de vue patrimonial mais aussi d’un point de vue énergétique.
On parle de refaire la ville sur la ville, mais quand on regarde dans l’agglomération, autour, on voit toujours se bâtir ces lotissements énergivores, dévoreurs d’espace. Est-il votre rôle d’intervenir ?
Pas réellement. On est rarement saisi de ce genre de problématique. On est hors périmètre de protection, on est rarement en secteur sauvegardé, car, par définition, on n’est plus dans des secteurs anciens, et l’État n’a pas de rôle direct. Mais on peut contribuer – et on y œuvre – à une sensibilisation des élus. De la population aussi, à cette notion de qualité architecturale qui passe par l’éducation, la médiation, par l’action culturelle, les écoles d’architecture…
Mais les lobbys du BTP sont tels que cette action semble un peu vaine, pardon…
Je me doute que ce n’est pas facile, jusqu’au jour où, peut être…
Dans un numéro resté célèbre, Télérama avait pointé « la France moche », celle de ces zones commerciales et artisanales aux entrées de ville…
C’est le même problème. Créer une grande surface n’impose pas qu’elle soit laide. C’est une question de choix, pas une fatalité. Il faut savoir dans quelle société on a envie de vivre, on veut réserver à nos enfants. Quel univers et quel paysage.
Quels sont les principaux trésors architecturaux de la région ?
Le patrimoine du Languedoc-Roussillon est très riche. Sur l’Hérault, on compte plus d’une dizaine d’abbayes, de très beaux ensembles médiévaux… Il y a de très nombreux témoignages d’une architecture du passé de grande qualité. On aurait tout à gagner, on s’y attelle, à une meilleure valorisation de ce patrimoine… Une région à fort potentiel touristique. L’enjeu pour l’avenir est que ce tourisme ne soit pas uniquement ce tourisme balnéaire mais qu’il soit aussi culturel.
Ce tourisme a permis la création de La Grande Motte.
Tout à fait. On réfléchit d’ailleurs à la possibilité de protection du village de vacances Les Carrats à Port Leucate. Celui de l’architecte du Mirail (à Toulouse), Candilis, élève de Le Corbusier. C’est un très bel ensemble de cinq hectares en bord de mer que l’on envisage de protéger au titre de l’architecture du xxe siècle. La conception de l’intérêt architectural n’est pas figée dans le temps.
Nous avons récemment labellisé, avec l’accord des propriétaires, un ensemble de caves viticoles construites dans les années 1930-1940 très intéressantes. Une des premières comme celle de Tavel qui reste un élément intéressant de l’architecture, non pas industrielle, mais du travail. Le label patrimoine du xxe siècle n’en porte pas conséquence juridique autre que l’identification de quelque chose qui présente un intérêt sur le plan patrimonial. C’est aussi une voie ; avec le temps on peut imaginer que ces monuments puissent bénéficier d’une protection.
Une crise agite actuellement l’école d’architecture ; le directeur est contesté. Qu’allez-vous faire pour l’apaiser ?
J’ai bien entendu l’expression d’un malaise. Il y a sans doute des interrogations ou un héritage un peu difficile, des questions auxquelles on n’a pas apporté des réponses. Le projet d’établissement par exemple ; la commission ne s’est pas réunie depuis trois ans. On est dans une situation paradoxale, des problèmes de communication…
Mais je ne crois pas que ce soit un problème de personne. Je ne sais pas, du reste, si le directeur souhaitera rester dans cette école dans ces conditions…
Cette école, c’est 815 étudiants, 120 enseignants, 50 personnels administratifs, qui doivent apprendre à travailler ensemble et à partager des objectifs communs. C’est une mission de service public. L’administration n’est pas là pour empêcher les autres de travailler, elle est là pour canaliser l’action, pour lui permettre de se faire. Une réforme de la comptabilité des établissements publics, à l’horizon de janvier 2016, va radicalement changer les modes de fonctionnement interne de ce type d’établissement. Il va bien falloir que l’école s’y conforme tout simplement parce que sinon elle ne pourra plus travailler. •

Photo : Alain Daguerre de Hureaux dans le parc de la Direction régionale des affaires culturelles

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