28 avr 2014

D’ici 2050, la Méditerranée aura monté d’un demi- mètre et la température moyenne du Languedoc-Roussillon de quelques degrés. Face à ces bouleversements, prospectivistes et aménageurs ne voient qu’un seul salut : une région résiliente.
Notion fourre-tout pour tenter d’exorciser le danger du changement climatique ou concept opérationnel pour nous adapter aux chocs à venir ?
Le débat sur la résilience s’ouvre en mai dans l’Hérault. Texte magali Reinert – Photo Fabrice Massé

Après Stockholm et Phénix-Arizona, Montpellier accueillera du 4 au 8 mai 2014 le troisième colloque international sur la résilience(1). L’occasion de se pencher sur ce concept en vogue alors que plusieurs chercheurs montpelliérains sont mobilisés pour ces rencontres. Cette année, les organisateurs ont voulu ajouter aux conférences d’experts internationaux des débats in situ. De la résilience urbaine à la gestion des crues, douze « sessions sur site » permettront de contextualiser réflexions et pratiques (voir tableau). Les artistes seront aussi de la partie pour faire toucher du doigt la vulnérabilité de nos vies et de notre environnement, comme le collectif de photographes Transit ou la compagnie Lonely Circus.

Villes en transition
Outre le prétexte de l’événement, la pensée de la résilience mérite d’y regarder à deux fois, tant elle est invoquée pour régler notre futur. C’est elle qui est mobilisée pour réfléchir à l’adaptation au changement climatique ou à la fin de l’abondance des énergies fossiles et à la transition énergétique qui va avec. Face à la montée des eaux, quel avenir pour les communes littorales ? Quelle durabilité urbaine dans une ère post-pétrole ? Quelle agriculture méditerranéenne avec cinq degrés de plus ? La pensée de la résilience permettrait d’aborder ces questions dans le bon sens, selon François Bousquet, modélisateur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et membre de la Resilience Alliance qui organise l’événement.
La résilience est généralement définie comme la capacité d’un système à absorber un changement et à se réorganiser tout en conservant la même fonction ou la même identité. Avec les chocs plus fréquents et plus violents qui s’annoncent, qu’ils soient climatiques, énergétiques ou économiques, nos socio-écosystèmes devraient ainsi se préparer à devenir moins vulnérables. Des collectivités y travaillent déjà. Inspirées par le mouvement des « territoires en transition » né en Angleterre, elles défendent une résilience locale. Leur engagement repose notamment sur la construction d’une plus grande frugalité et autonomie énergétique pour s’affranchir progressivement des énergies fossiles. Les réseaux de villes durables(2) font aujourd’hui la preuve de l’efficacité de leur engagement. Stockholm, par exemple, a diminué de 26 % ses émissions en quinze ans et prévoit de sortir des énergies fossiles en 2050.

« Recul stratégique »
Autre exemple, l’adaptation de nos littoraux face à la montée des eaux. « Les tempêtes de cet hiver ont fait beaucoup pour le débat sur la résilience en milieu côtier », explique François Bousquet. L’opinion publique commence à accepter l’idée qu’il est techniquement et financièrement impossible de s’opposer à la mer. Élus, experts et associations commencent ainsi à travailler sur l’adaptation à la montée des eaux. Le Conservatoire du littoral défend notamment le « recul stratégique » comme une solution intéressante, qui consiste à laisser reculer la côte et à relocaliser les activités et les infrastructures en conséquence. « C’est une gestion adaptative et collaborative, qui s’appuie sur différents scénarios décrivant les états vers lesquels le socio-écosystème peut évoluer », explique le modélisateur.
Rien de révolutionnaire donc. Mais, selon François Bousquet, cette réflexion sur le changement, on la doit à la pensée de la résilience. Elle recalerait en effet les anciennes stratégies qui aspiraient à contrôler le changement dans des systèmes aux conditions stables, pour adopter de nouvelles stratégies qui visent l’adaptation au changement dans des systèmes devenus instables. Pour mieux comprendre, il faut revenir à l’inventeur de la résilience en écologie au milieu des années 1970, C.S. Holling. La théorie de Holling défend qu’un écosystème n’a pas un seul équilibre mais plusieurs états possibles. Cette nouvelle théorie a introduit de l’incertitude dans la gestion de la nature et, avec, l’idée sous-jacente d’abandonner le contrôle de la nature par l’homme. Se résigner au changement climatique.
Mais la résilience essuie aussi de nombreuses critiques. Cette approche conduirait d’abord un peu vite à nous résigner au changement climatique. Aujourd’hui, il est plus vendeur politiquement de parler de la résilience de nos systèmes et de leur adaptation aux changements plutôt que de reconnaître l’impasse des négociations pour limiter nos actions sur le climat. Ensuite, parce que la résilience n’est pas toujours souhaitable, au risque de se satisfaire du statu quo.
Le terme est aussi victime de son succès. Il est aujourd’hui autant utilisé par les partisans de la décroissance que par les tenants de la croissance libérale. Récupéré un peu comme le fut le développement durable il y a vingt ans. Le forum économique mondial de Davos en a même fait le terme phare de son rapport de 2013. Dans la vision néolibérale, le chemin vers la résilience ouvre la voie à l’innovation en faveur d’une gestion privée du risque. La géo-ingénierie, cette manipulation du climat terrestre pour contrecarrer les effets du réchauffement climatique à l’aide d’aérosol dans l’atmosphère ou de stockage de carbone en sous-sol, est bien une stratégie de la résilience.
Ce concept n’en a donc pas fini de faire des émules et risque de devenir inutilisable pour nourrir une réflexion sur le changement. •
(1) www.resilience2014.org
(2) Les trois réseaux de villes durables que sont le Conseil international pour les initiatives environnementales locales (ICLEI), Alliance Climat et Énergie-Cités regroupent chacun environ un millier de membres.

Douze thèmes sur douze sites permettront aux experts et aux praticiens de débattre de la résilience in situ
• Effets de seuil dans le domaine marin et pêche artisanale…………………………Sète
• Vulnérabilité côtière et résilience au changement climatique…………………….Sète
• Gestion des crues et gouvernance des bassins versants…………….Lignan-sur-Orb
• Agriculture et Climat……………………………………………….Murviel-lès-Montpellier
• Agriculture et Eau……………………………………………Parc national de Camargue
• Pastoralisme………………………………………………………………………….. Larzac
• Agroforesterie, Agrobiodiversité et Services écosystémiques
………………………………………………….Domaine de Restinclières, Prades-le-Lez‎
• Résilience et Conservation………………………..Centre du Scamandre, Camargue
• Résilience urbaine……………………………………………………..Grand Montpellier
• Business et Résilience…………………………………………………..IBM Montpellier
• Territoire, sense of place et dynamiques socio-écologiques
……………………………………………………………………..Étang d’Or, Candillargues
• Agriculture et économie solidaire ……………………………………………………Agde

Photo : Plage des Aresquiers à Frontignan
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